Une réflexion sur la gestion du patrimoine en montagne.
Le massif de Belledonne cristallise, aux portes de Grenoble, le désir de nature et d’aventure alpine de milliers de citadins. Ni tout à fait une montagne habitée, sauf en ses « balcons », ni suffisamment élancée pour être un haut lieu de l’alpinisme, cette montagne n’en représente pas moins aujourd’hui à bien des égards une sorte d’idéal de montagne, à l’ancienne. Une montagne préservée, mais habitée, sauvage mais accessible ; une montagne où l’alpiniste imaginatif saura trouver, sans aller très loin, l’aiguille ou le couloir dont il rêve.
Dans Belledonne, on n’est jamais bien loin d’un village. On peut néanmoins avoir besoin d’un abri. Les chasseurs et les bergers ont été les premiers à construire leurs refuges. En nombre, ces constructions sont les plus nombreuses à l’étage alpin du massif et beaucoup d’entre elles sont ouvertes à tous, y compris aux randonneurs et alpinistes. Les sociétés alpines (CAF et STD) gèrent aujourd’hui seulement 2 refuges sur l’ensemble du massif, Jean Collet et La Pra.
Le refuge Jean Collet actuel
Le refuge Jean Collet y tient une place particulière. Bâti sur un éperon en 1910 sur le chemin du Grand Pic de Belledonne, il est situé en pleine montagne, à proximité du lac blanc, dans un cadre alpin. Il est en même temps visible, comme un phare, depuis le Grésivaudan, accessible par un bon sentier en moins de 3 heures et situé dans un alpage réinvesti depuis quelques années par un troupeau et son berger.
Lieu initiatique, haut lieu d’accueil montagnard, ce que ne démentira pas une des clientèle les plus régulières, ce refuge, qui fait corps avec la montagne, ne s’en trouve pas moins aujourd’hui à la croisée des chemins.
Bientôt privé de ses gardiens actuels qui en furent les premiers gardiens en 1983, et n’ayant plus bénéficié d’amélioration technique significative depuis 1985, il devenait nécessaire de s’interroger sur l’avenir de ce refuge.
Un premier travail a été engagé à l’été 2008 entre la STD et les gardiens. Il s’agissait d’ouvrir toutes les portes du débat, de comprendre ce qui fait la qualité de ce refuge. Et on comprend assez vite que ce refuge tient par ses gardiens qui non seulement l’ont en partie fabriqué mais qui, par mille gestes quotidiens le rende fonctionnel et accueillant. C’est par l’analyse de ce mode de fonctionnement que l’on peut commencer à imaginer les difficultés et les dysfonctionnements du bâtiment qui échappent totalement en première impression. La réflexion sur les pistes d’amélioration peut ensuite être engagée. Un document a permis de transcrire les objectifs possibles d’amélioration du bâtiment.
Mais on ne touche pas à un tel refuge à la légère. La STD, en tant que propriétaire, possède toute légitimité pour transformer son bâtiment. Elle a également la responsabilité d’engager un dialogue avec tous ceux qui sont sensibles au lieu, à la montagne et à l’architecture.
D’une discussion avec des enseignants de l’école d’architecture de Grenoble, il est rapidement apparu qu’un partenariat pouvait se nouer sur la question du devenir du refuge Jean Collet. A la STD de formuler des objectifs et de solliciter ses partenaires, aux enseignants et aux étudiants de réaliser des études architecturales exploratoires, dans toutes les directions possibles.
Modélisation informatique de l’implantation du refuge Jean Collet actuel (doc ENSAG)
Ce travail, considérable, mené par 27 étudiants entre septembre 2008 et juin 2009 a permis d’aboutir à 27 projets purement académiques. Le refuge a ainsi été, sur le papier, tantôt démoli et reconstruit sur place, tantôt restructuré et agrandi ou reconstruit plus loin. Ces esquisses, outre leur qualité graphique et esthétique, ont permis de requestionner le programme initial et de mieux comprendre le rapport architectural et paysager que le refuge entretien avec ce lieu particulier qu’est l’éperon au dessus de cirque du Boulon.
Sur la base de ces premiers éléments architecturaux et paysagers, la STD pourra se positionner sur la suite qu’elle souhaitera donner à cette réflexion.
Nous remercions tout particulièrement Jean-François Lyon-Caen, responsable de l’équipe de recherche « architecture paysage montagne » à l’école nationale supérieure d’architecture de Grenoble pour son investissement personnel tout au long de ce travail.
Christian UTZMANN
Maquette d’études – projet Alice Duval
(doc ENSAG)
Dessin en perspective – projet Florian Gelot
(doc ENSAG)